vendredi 2 mars 2018

Bernadette raconte les journées de Madeleine (témoignage complet)



« Madeleine se levait tous les jours à cinq heures et demi, et une heure plus tôt les lundis en été, car il fallait faire le beurre… en effet, elle était fermière. Rien à voir avec les exploitations actuelles, Madeleine avait six vaches laitières, des Jersey, elles avaient une jolie robe rousse… elles portaient toutes un nom et étaient très respectées. Elles étaient la seule source de revenus du foyer , c’est avec a vente du beurre qu’il fallait vivre toute la semaine à sept personnes; les quatre filles, Gaston et Alphonse, le valet de ferme qui trayait ses trois vaches chaque matin avec Madeleine.
Elle se levait donc à
cinq heures et demi, descendait vider le tiroir à cendres du poêle de Louvain avant de l’allumer avec le petit bois et les bûches rentrées la veille, par Gaston, pendant que le feu prenait, elle moulait le café en coinçant le moulin entre ses genoux. Elle avait déposé la grande bouilloire directement sur les flammes pour que dès que l’eau commence à bouillir, elle puisse la verser doucement sur le café frais moulu mélangé avec de la grosse chicorée Pacha. Une bonne odeur de café se répandait dans la cuisine, attirant Alphonse qui venait boire sa jatte avec elle avant de descendre à l’étable. Là ils attachaient les queues des vaches à leurs pattes et lavaient leurs trayons, ils s’installaient sur leur petit trépied et alors commençait la musique du lait qui giclait dans les seaux coincés entre leurs jambes. Cette musique diminuait au fur et à mesure que le seau se remplissait…

Pendant la traite des vaches, Gaston s’occupait de nourrir les chevaux et de les atteler pour aller aux champs.

Pour sept heures les six vaches étaient traites, le lait était apporté dans le petit bâtiment que l’on appelle encore aujourd’hui la laiterie, et Madeleine avait remonté son écrémeuse et filtré tout le lait de la traite, ensuite elle versait les seaux  de lait dans le réservoir de cette machine et commençait à tourner la manivelle. Le lait était divisé et s’écoulait dans deux seaux réservés à cet effet, l’un plus petit contenait la crème avec laquelle chaque lundi elle faisait le beurre, l’autre était le lait écrémé qui était réservé à l’alimentation des cochons. La famille buvait du café au lait non filtré.  Après avoir tout écrémé, elle versait la précieuse crème dans une grande cruche en terre cuite et rinçait à fond chaque pièce de l’écrémeuse. (Le soir à dix-huit heures précises elle recommençait exactement les mêmes gestes, et tout cela chaque jour de l’année.) À huit heures toute la famille se retrouvait dans la cuisine pour prendre le petit déjeuner.

Gaston allait alors aux champs avec les chevaux. Il rentrait pour le repas de midi que Madeleine commençait à préparer dès neuf heures le matin. Elle allait chercher tous les légumes au potager, choisissait de quoi faire une soupe différente chaque jour, épluchait les pommes de terres récoltées sur leur champs et cuisait de la viande deux fois par semaine seulement. Le dimanche on sacrifiait une poule préparée avec du riz et de la sauce blanche, le vendredi c’était du poisson livré à domicile depuis la mer du Nord, ou à défaut des œufs avec des frites cuites à la graisse de bœuf .

À treize heures quand les hommes étaient retournés aux champs et les filles à l’école, Madeleine faisait la vaisselle et se reposait durant une petite heure en faisant du raccommodage. Les enfants goutaient à seize heures des tartines beurrées avec de la gelée de groseilles. Après les devoirs et les leçons, les filles devaient dresser la table pour le repas du soir car Madeleine  était « aux bêtes » et à la laiterie tout comme le matin. Le repas du soir était très frugal… par exemple des macaronis servis avec de la crème fraîche et de la cassonade. Ou une soupe de lait battu (babeurre) dans lequel on avait cuit un peu de riz et qu’on agrémentait également de cassonade. Vers 20 heures toute la famille était au lit… il n’y avait de ce temps là ni radio ni télévision… ». Pour Bernadette, la fille aînée de Madeleine, c’était le bon vieux temps !


Tout cela s’est passé entre 1945 et 1948 : « Ensuite, Madeleine a eu une écrémeuse électrique », précise Bernadette.

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